Un test sanguin pour déterminer la meilleure méthode d’arrêt tabagique ?

Selon une étude américaine, un test sanguin permet de déterminer la vitesse à laquelle le corps des fumeurs métabolise (élimine) la nicotine. Cette vitesse est assez élevée pour environ 60% d’entre eux, ce qui se traduit par une dépendance plus marquée. Elle est plus lente pour les 40% restants, et la dépendance est donc moins forte. Cette différence constatée dans les rythmes de métabolisation pourrait avoir une influence sur le choix de la méthode d’arrêt tabagique.

En pratique, selon l’étude, il semble donc utile d’effectuer un test sanguin avant de choisir une méthode d’arrêt. Si une métabolisation rapide de la nicotine est constatée, le fumeur a plus de chance de réussir son arrêt avec la varénicline qu’avec des patches. Pour les autres, le choix de la méthode importe peu. Il est cependant préférable d’opter pour les substituts nicotiniques. Ils n’entraînent pas les effets secondaires liés à la varénicline, et sont bien moins onéreux.

Il faut cependant tempérer les avantages apparents du test sanguin. Pour commencer, sa disponibilité est encore assez limitée en Belgique, et il faut également tenir compte de son coût assez élevé. De plus, la dépendance n’est pas uniquement liée à des éléments biochimiques, mais aussi à des facteurs psychosociaux et comportementaux.

L’accompagnement à l’arrêt tabagique ne se limite pas à la prescription de médicaments. Il doit être abordé dans un cadre bien plus large : conseils, approche psychologique… Il faut également tenir compte des préférences de chaque fumeur. Certains sont réticents à prendre des médicaments, d’autres craignent leurs effets secondaires ou y sont particulièrement sensibles. De surcroit, la varénicline est chère (sauf la 1ère boîte qui est remboursée en Belgique) et ne peut être délivrée que sur ordonnance, ce qui constitue un obstacle pour certains.

L’arrêt tabagique ne pourra donc jamais se résumer à choisir entre la varénicline ou des patches à la nicotine suite à un simple test sanguin.

Pour aller plus loin : zoom sur l’étude

L'étude menée à l’Université de Pennsylvanie (Etats-Unis) a porté sur 1.246 grands fumeurs. Ils ont été répartis en trois groupes : le premier traité avec des patches à la nicotine et une pilule placebo, le deuxième avec le médicament varénicline (Champix) plus des patchs placebo, et le dernier était entièrement sous placebo (pilules et patchs).

Chez les fumeurs métabolisant rapidement la nicotine, ceux qui avaient pris la varénicline étaient presque deux fois plus nombreux que ceux utilisant les patches à ne pas fumer à la fin du traitement de 11 semaines. Par contre, aucune différence n’a été constatée dans le pourcentage d’arrêt chez les fumeurs métabolisant lentement la nicotine.

Par ailleurs, selon le Professeur Jean-François Etter, professeur de santé publique à l'Université de Genève, la méthodologie de l’étude comporte cependant certains biais.

  • L’étude a comparé l’usage de la varénicline avec l’usage du patch. Le comparateur adéquat aurait plutôt été le patch + un susbtitut à absorption rapide comme le chewing gum ou le comprimé de nicotine.
  • On a commencé la varénicline une semaine avant l’arrêt du tabac alors que le patch a été commencé le jour même de l’arrêt alors que commencer le patch avant l’arrêt en augmente l’efficacité.
  • Le dosage des patches n’était pas très fort dans les dernières semaines du traitement.
  • Un traitement de 11 semaines est court.

Donc, on n’a pas comparé la varénicline avec la meilleure utilisation des substituts nicotiniques.
Les résultats de cette étude à 6 mois sont donc peu significatifs car, si l’on avait utilisé les substituts de nicotine de façon optimale, il est probable qu’on n’aurait pas eu de différence significative à 6 mois en faveur de la varénicline. Par ailleurs, on n’a pas de différence à 12 mois.

Nieuwsblad 13/1/15 p.16.